L'homosexualité et le langage
Qualificatifs insultants,
jargon communautaire,
vocabulaire médical…
L’homosexualité a
généré des mots qui
sont autant de
manières, plus ou moins
acceptables, de dire
« cet amour qui n’ose
dire son nom »1.
La naissance d’un mot
Le mot homosexualité a été forgé en allemand (homosexualität) en 1868, par le psychiatre et sexologue hongrois Károly Mária Kertbeny à partir d’une racine grecque (homo = semblable) et d’une racine latine (-sexuel). Il avait créé ce mot afin de militer pour la dépénalisation des rapports entre personnes de même sexe… mais le néologisme sera récupéré par ses confrères (la consonance scientifique leur plaisant beaucoup) afin de définir et classer une pratique considérée comme une perversion par la psychiatrie alors en plein essor.
« Gay »
Depuis une trentaine d’années, le mot anglais gay s’impose aux quatre coins du monde et dans toutes les langues pour désigner les homosexuels. Ce glissement sémantique du mot original (gay = gai, joyeux, allègre, léger, …) serait apparu aux USA dans les années 30. Il était utilisé comme un code de reconnaissance par les milieux homosexuels discrets, voire clandestins de l’époque. De nos jours, ce mot doit son succès auprès des homosexuels au fait qu’il n’a pas de connotation insultante ou médicale.
La classification
Longtemps qualifiée de déviance, de perversité, de penchant, de pratique, de tendances, … l’homosexualité (étudiée sous toutes les coutures) s’avère être une caractéristique de la personne, comme la couleur des yeux et des cheveux, comme les goûts culinaires. L’homosexualité se vit, souvent et de plus en plus, comme une caractéristique identitaire parmi d’autres.
Les symboles
Comme tous les combats, la lutte pour l’émancipation des homosexuel-le-s a eu besoin de symboles et d’étendards autour desquels se retrouver. Le plus visible est le drapeau arc-en-ciel. Il a été crée en 1978, à l’occasion de la Gay Pride de San
Francisco, par le graphiste Gilbert Baker. Il fait référence à la chanson culte Over the rainbow que chante l’icône gay Judy Garland dans Le Magicien d’Oz. Chaque couleur a une signification : le rouge = la vie, l’orange = la santé, le jaune = le soleil, le vert = la nature, le bleu = les arts, le violet = l’esprit. De nos jours, le drapeau arc-en-ciel sert autant de symbole du mouvement militant homosexuel, que de label distinctif pour les commerces gays ou gay-friendly. Parallèlement au drapeau arc-en-ciel, le triangle rose que les nazis faisaient porter aux personnes homosexuelles dans les camps reste un symbole du mouvement homo.
« Coming out »
Expression anglaise communément utilisée dans la langue française. Révélation de son homosexualité (ou de sa bisexualité) par la personne concernée. Cette révélation peut se faire à différents niveaux : familial, professionnel, social (loisirs, voisins, amis). Cette expression a été francisée en sortie du placard.
« Outing »
Déclaration publique, par un tiers, de l’homosexualité d’une personne contre la volonté de celle-ci.
« Gay Pride »
Manifestation revendicative et souvent festive visant l’égalité juridique et sociale pour les gays et les lesbiennes. Le mot pride (fierté) est là en contrepoint de la honte que la société a longtemps fait peser sur les homosexuel-le-s. Ces manifestations, parfois contestées ou durement réprimées dans certains pays, célèbrent les émeutes du bar le Stonewal Inn. Cette expression a été francisée en marche des fiertés.
Humour communautaire et recyclage de l’insulte
La communauté homosexuelle est dépositaire d’un humour particulier, apparu au début du siècle, et qui consiste à dramatiser l’anodin (J’ai un bouton sur le nez : trouvez-moi une léproserie que je me retire du monde…) et de banaliser le tragique (Je suis en phase terminale : c’est con, je verrai pas la prochaine collection de Jean-Paul Gaultier !) Cet humour que l’on retrouve dans plusieurs œuvres (les films de John Waters, les romans d’Armistead Maupin, les numéros de travestis…) est appelé humour camp ou humour folle. La réappropriation de l’insulte fait partie de cet humour particulier. Il n’est pas rare d’entendre des homosexuel-le-s s’appeler entre eux pédés ou gouines.
1 Oscar Wilde