Arts, Cultures, Médias et Homosexualités
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Lecture : Alors je suis devenue une Indien d’Amérique…

Par goût, petite fille on devient une Indien d'Amérique – on rêve d'espace et d'indépendance, on se met un bandeau sur le front pour tenir ses cheveux longs, on s'habille en pantalon. On ne sait pas, alors, que les Indiens survivent dans des réserves.

Avec le temps, on devient adulte, les choix s'affirment. On encaisse les coups en se disant que c'est le lot commun, on fait sa vie avec une femme et son enfant. Ça va mieux, ça va bien.

Et brutalement, les signaux passent au rouge. Quand une agence lui a demandé un reportage sur la Manif pour Tous, Marie a dit non. Impossible de les photographier, ces foules qui bannissent les couleurs arc-en-ciel de leur monde en rose et bleu.

 

À la place, Marie a fouillé dans ses archives, dans ses souvenirs, elle a tatoué sur ses photos la violence des arguments réactionnaires repris par les traditionalistes de tous bords. Son livre, Alors je suis devenue une Indien d'Amérique… fait le récit, en mots et en images, d'une prise de conscience courageuse et lucide qui restitue le choc dans toute sa brutalité.

Oeil de La Lucarne :


« J’écris ces lignes à l'automne 2013. J'ai cinquante ans, je vis avec une femme et son fils. Il est né d’une relation de quinze ans avec une autre femme avec l'aide d'un hôpital belge, grâce à un donneur anonyme. À leur séparation, elles ont mis en place un système de garde alternée. »

Marie Docher dans son journal (1974 - 2014) nous offre le récit d’une prise de conscience politique : être lesbienne.

Cela a commencé très tôt car pour jouer avec les garçons vers ses huit ans, elle est devenue « une Indien d’Amérique » avec ses jeans qu’elle porte toujours. Et même si elle veut alors devenir « religieuse, photographe et fumeuse », elle subit les portes qui se ferment, les sempiternelles questions quand on est une femme : envie de faire des enfants, etc., et comme elle le dit si bien : « Alors, progressivement, par petites touches, par petits choix forcés, j’ai glissé de la sensation d’être au cœur de tous les possibles à la certitude d’être à la marge d’un monde étroit. »

Bienvenue dans la norme hétérosociale de la réduction qui, bien souvent, empêche paradoxalement d’assumer éthiquement et politiquement son homosexualité : « C’est que je me sens intégrer une ‘communauté’ non par choix mais par discrimination, par déclassement, par colère… » Eh oui ! on est obligé « d’avoir à se définir ».

Et puis la rencontre de cette femme qui a un enfant, « un enfant Playmobil », enfant d’une « seringue » (« ce nouveau logiciel de reproduction de l’espèce » !), enfant sans « traçabilité » (eh oui ! ) … d’un enfant qu’elle aime et qui l’aime.

Le raz-le-bol des prises de positions haineuses ; il faut relire les citations qu’elle a choisi de publier. Mais, surtout, elle n’oublie pas de dire ce que moulte associations homos ou pro-mariage ont tu : « Parmi les centaines de milliers de manifestants prônant la famille hétéronormée ce jour-là, combien de personnes divorcées, de femmes victimes de violences conjugales, d’enfants violés par un de leurs proches (le plus probablement leur père), d’enfants venus avec leurs parents et qui deviendront homosexuels ? Et parmi ceux-là, combien feront une tentative de suicide en raison de leur orientation sexuelle ? »

Livre coup de poing mais aussi coup de cœur…

Et sans oublier la préface de Élisabeth Lebovici qui sait magistralement remettre tout ce contexte dans une suite historique.

J’ai envie de dire : merci.

 

 

En pratique :


Alors je suis devenue une Indien d'Amérique… de Marie Docher  

préface de Élisabeth Lebovici

éditions iXe

collection fonctions dérivées

ISBN : 979-10-90062-24-5

14 €

 

 

Bonus Voir la vidéo On est envahis créée par Marie Docher en contrepoint de l'exposition L’intime comme illusion



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