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Lecture : Tony Duvert, l'enfant silencieux

Qui se souvient aujourd'hui de Tony Duvert ? Ceux qui ont suivi de près l'actualité littéraire des années 70 et 80, peut-être encore un peu, car c'est l'époque où il a publié toute une série de romans sulfureux aux éditions de Minuit, la maison par excellence de l'avant-garde et des nouveaux courants. Mais la majorité des lecteurs d'aujourd'hui n'ont jamais entendu parler de lui. Non seulement parce qu'il a cessé d'écrire et de publier depuis déjà  plus de vingt ans, mais aussi parce que l'auteur lui-même a tout fait pour disparaître et s'effacer de nos mémoires. Et c'est justement pour réparer cet oubli injuste que le romancier Gilles Sebhan a décidé de lui consacrer un ouvrage : Tony Duvert, l'enfant silencieux.
Oeil de La Lucarne :


Tony Duvert surgit dans le paysage littéraire en 1967. D’emblée, il donne le ton. Son premier livre, Récidive, écrit alors qu’il n’a qu’une vingtaine d’années, raconte la fugue d’un enfant qui devient rapidement le jouet de prédateurs qui feront de lui leur proie. A partir de là, tous les romans de Tony Duvert comporteront leur part de relations sexuelles explicites entre enfants et adultes ; ses textes sont violents et n’éludent ni la torture ni la souffrance, le sang coule, la mort et la douleur sont omniprésentes. Gilles Sebhan montre très bien comment l’époque réagira à ce contenu, pourquoi et comment Tony Duvert sera malgré tout reconnu par la critique jusqu’à obtenir le Prix Médicis en 73. Mais comme toute médaille a son revers, le grand auteur finira malgré tout dans l’impasse, rattrapé par sa propre histoire, et là encore Sebhan dégage parfaitement pour nous les motivations inavouées qui ont guidé la vie du romancier, jusqu’à l’extrême. Car Tony Duvert, l’enfant silencieux est une véritable enquête sur le drame et le destin de cet écrivain aussi talentueux que dérangeant. A partir de témoignages, de déductions subtiles et des quelques informations qu’il a pu trouver, Gilles Sebhan lutte contre le silence et retrace tout un parcours méconnu.

Tony Duvert est mort en 2008, il s’était tellement retiré du monde, installé dans une petite maison à la campagne, ne donnant plus de nouvelles à personne et refusant de répondre aux lettres et aux appels, que son corps était déjà en décomposition avancée lorsqu’il a été retrouvé. Un cas unique dans l’histoire littéraire. Plus qu’une simple disparition, on dirait presque une punition. Mais Gilles Sebhan prend bien soin d’éviter les mots qui fâchent et de porter le moindre jugement, sa démarche cherche avant tout à comprendre et à rendre hommage. On apprend énormément, on est ému, parfois indigné, souvent ébloui, et on ne peut s’empêcher d’être reconnaissant à M. Sebhan d’avoir osé prendre la parole face au silence et à la peur qui entouraient le nom de Tony Duvert. Il va de soi que cet ouvrage à la fois indispensable et attendu est devenu dès sa parution une référence absolue et incontournable, en même temps qu’un grand texte.
En pratique :


Tony Duvert, l'enfant silencieux, de Gilles Sebhan.
Editions Denoël, 2010.
152 pages, 14 €.


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