Œil de La Lucarne:
Depuis quelque temps, de plus en plus d’ouvrages, d’essais ou de romans, ont commencé à aborder le thème de l’homosexualité dans les cités de banlieue que ce soit par le biais du foot, de la religion ou des gangs de rue. Chaque fois, le portrait est rude et l’espoir est mince, même s’il est évident que la situation évolue peu à peu. Dans Neuf Trois in love, la vision est beaucoup plus positive et réjouissante. Les choses se passent bien et l’entourage des personnages au lieu de leur nuire ne fera que les aider à s’épanouir. Un vent d’optimisme que certains trouveront peut-être naïf mais qui indéniablement fait du bien.
Frédéric Chaffard-Luçon met en scène deux protagonistes vraisemblables et crédibles. L’un a pour père un Algérien et l’autre un Sénégalais. L’Algérien est mort prématurément et le Sénégalais est parti en abandonnant sa famille. Leurs garçons ont grandi seuls avec leur mère dans un environnement défavorisé, trouvant souvent refuge dans le sport comme défouloir. Ils vivent dans le département de la Seine-Saint-Denis, qu’on appelle maintenant le Neuf-Trois pour ne plus avoir à dire le 93, comme si les habitants avaient voulu se réapproprier les lieux en les rebaptisant.
D’ailleurs, plus que l’histoire de deux garçons, c’est bien la vie d’un groupe d’individus que nous présente le romancier, avec toute leur petite famille, les amis, les voisins et les amis des amis. Au détour des pages, une intrigue policière viendra même bousculer le cours paisible des jours de la petite communauté, même si bien sûr le fil conducteur reste toujours l’évolution de la relation entre nos jeunes héros : Man et Stock.
Usant d’une langue inventive qui colle à la réalité des banlieues sans être incompréhensible pour autant, Frédéric Chaffard-Luçon réussit un vrai petit tour de force en proposant un roman gay où il ne se passe rien de gay pendant à peu près les deux tiers du livre, puisque tout se joue dans les désirs non-dits, les regards, les phantasmes, les tensions… Mais comme nos deux héros sont des sportifs, la chaleur des corps et des muscles est quand même omniprésente, par le biais des séances d’entraînement à la gym ou des moments d’intimité dans la salle de bains et sous la douche. L’érotisme et la chaleur de la peau suinte presque à chaque ligne pour notre plus grand plaisir.
Neuf Trois in love est vraiment une bonne surprise et s’avère une lecture captivante, pleine de tension et de suspens, qu’on dévore d’un bout à l’autre sans vouloir la lâcher. On sent que Chaffard-Luçon connaît bien son sujet et que, loin du mépris auquel on est généralement habitué, il déborde de tendresse pour ses personnages. Une réussite indéniable pour un premier roman au thème pourtant difficile. Seul problème, mais il est de taille, le texte est truffé de fautes d’orthographe récurrentes et de maladresses qui n’ont pas été corrigées. De plus, par soucis d’économie, les caractères d’imprimerie ont été choisis si petits qu’on n’arrive presque pas à les lire. Autant de signes d’un amateurisme flagrant qui caractérise malheureusement cette maison d’édition. Hormis cela, le roman mérite l’attention.
..............................................................
par Pierre Salducci