Jean-Daniel Cadinot
    Interview

Le célèbre pornographe français, Jean Daniel Cadinot, s’est éteint le 23 avril 2008 à l’âge de 64 ans à la suite d’un arrêt du cœur. Photographe, cinéaste, pionnier du porno à la française, Jean-Daniel Cadinot était un homme de conviction et de caractère qui revendiquait une œuvre engagée, quasi militante.

Œil de La Lucarne:

Lors de la 17ème édition du Festival du Film Gay et Lesbien de Bruxelles (www.fglb.org), Christophe Dessouroux et Marcello Monteiro avaient présenté leur documentaire "Cadinot : un gay héros". Les réalisateurs avaient décidé de suivre l’enfant terrible du porno dans son quotidien. Après un travail d’un an, ils avaient proposé un documentaire avec des séances coquines, voire chaudes, mais aussi un entretient tout en finesse au cours duquel Cadinot n’hésitait pas à se mettre à nu (au figuré, bien entendu).

Attablés à une table de la cafétaria du Botanique, le lieu où se déroule le Festival, Jean-Daniel avait répondu à mes questions avec sa timidité loquace et légendaire.

Que pensez-vous du documentaire qui vous est consacré ?

Avec Christophe, nous avons travaillé pour que ce documentaire ressemble à ma vie. Même si je l’aurais monté de façon plus rythmée, je pense qu’il a réussi un pari ambitieux : je ne suis pas quelqu’un de facile à apprivoiser (rires). Il a réalisé un portrait qui ressemble assez bien à mes films et à ma vie : des scènes de mise à nu (les interviews) entrecoupées de scènes de fiction.

Christophe Dessouroux a intitulé son documentaire "Cadinot : un gay héros". Ne trouvez-vous pas cela un peu présomptueux ?

Pour tout vous avouer, je trouve ce titre gênant : je ne me considère absolument pas comme un héros. Certes, je travaille depuis de nombreuses années, je suis conscient de ma place dans l’histoire de la communauté gay, j’ai reçu plusieurs prix, etc., mais de là a dire que je suis un héros, il y a une marge que je n’aurais pas franchie. Vous savez, ce titre vient d’un article qui a été écrit sur moi par le magazine gay espagnol "Zero" et qui était intitulé "Cadinot : un guerillero". Si Christophe me l’avait demandé, je lui aurais suggéré "Cadinot : un gay rit d’Eros" ou quelque chose comme cela pour montrer tout l’humour que je mets dans l’amour.

Est-ce que vous vous reconnaissez dans l’opposition cinéma d’auteur contre industrie du porno ?

Tout à fait. Je ne me considère pas comme un pornocrate qui cherche le maximum de profit avec un petit budget, en n’hésitant pas à abuser des acteurs. J’ai d’ailleurs jeté un pavé dans la marre au Festival de Berlin en déclarant "Je ne suis pas un pornocrate !". Lorsque j’ai reçu mon deuxième prix à Barcelone (une bite en or, ridicule !), j’en ai joué comme de deux haltères.

Où se trouvent tous ces prix ?

Rangés quelque part chez moi. Côté déco, ce n’est pas trop mon goût (rires).

Pensez-vous que les gens ne comprendront réellement vos films que lorsque vous ne serez plus ?

Dieu merci, une certaine élite me comprend à l’heure actuelle. Ce sont des Américains du nord et du sud, des Européens, des Russes, des Asiatiques, des Africains qui forment ainsi un très large public qui me permet de conserver ma liberté de création. Par exemple, dans "Garçons de Paris", j’avais déplacé un crucifix de 20 cm pour qu’il intègre mieux la scène de cul et c’est un comédien de la Comédie Française qui avait remarqué ce détail. J’essaie de donner des lettres de noblesse à un art qui n’en a pas encore, si ce n’est en littérature ou en peinture. C’est une question de temps, d’évolution des moeurs. Je me suis fait traiter de pornocrate par un amant il y a 30 ans alors que je ne faisais que des photos d’hommes nus académiques. Aujourd’hui, elles sont recherchées par les collectionneurs. C’est pourquoi je prépare aujourd’hui ma première exposition.



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par Francis Lamberg


 


Voir en ligne : Site officiel J-D Cadinot

         

 


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