Arts, Cultures, Médias et Homosexualités
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Lecture : Fallos

 

Après leur exposition « Fallos » de Berlin et en attendant celle de Copenhague, l’on pourra poursuivre l’exploration du travail du photographe Marc Martin et du performer-plasticien Arthur Gillet, avec leur ouvrage au titre éponyme.

Oeil de La Lucarne :


C’est une œuvre singulière que construit le photographe Marc Martin, singulière par ses thématiques, puissamment érotique et évocatrice, singulière dans son approche de la multiplicité et de la complexité des masculinités, singulière par ses détours ou son a priori absence de filtres. Et c’est un propos tout aussi ambitieux et protéiforme dans ses expressions que développe Arthur Gillet, il est pour pour ce projet « Fallos , tout à la fois le seul et le multiple, l’exposant et l’exposé…

Quand l’ambivalence troublante d’Arthur Gillet, le sujet unique de cette série de photographies, ce corps mélange d’antique et de courbes aussi sérieuses que classieuses, rencontre l’objectif faussement brut et affuté de Marc Martin, l’on touche alors à l’inédit : la proposition radicale d’un mâle qui synthétise en lui toutes les forces, toutes les virilités, toutes les beautés, toutes les questions, et c’est bien de multiplicité, d’explorations troubles et diverses dont il s’agit, susciter, exciter autant qu’interroger, mettre l’ombre dans la lumière, dévoiler le nu, montrer le sexe, déplacer les lignes et se jouer des conventions, démonter sensuellement les modèles, osciller sans cesse, passer d’un registre à l’autre sans s’en apercevoir... Le photographe et le modèle engagent alors un dialogue, le rôle de l’un n’étant ici jamais définitif, le photographe n’est plus seulement photographe, le modèle s’échappe de son rôle classique et parfois passif de l’œuvre, il s’extirpe du cadre, dans une douce violence chorégraphique son corps s’impose, sa présence se fait alors incontournable. Révélateurs l’un de l’autre, Marc Martin au travers de ses photographies, qui tutoient et décalent le classique comme pour mieux y faire ressurgir un sublime enfoui, souvent inattendu et Arthur Gillet, qui même lorsqu’il est nu parvient à endosser un double costume, celui du sujet et de l’objet, du singulier et du pluriel, de la question et de la réponse... Au travers la présentation de ses objets phalliques, sept objets érectiles, en résonnance du travail de Marc, Arthur, l’artiste pluridisciplinaire se mue, et certainement pas pour la dernière fois, mais plutôt pour une nouvelle fois, il est contemplation et proposition... Rencontre explicite de deux artistes, un travail qui se fait construction commune pour mieux faire s’abattre les visions archaïques et parfois simplistes de la virilité.

Cet ouvrage comme un carnet de croquis, comme un cahier d’intentions, un carnet de bord, un album qui bascule de l’intime au démonstratif, compile photographies, dessins et textes des deux artistes, comme la matière première d’un dialogue continu sur le masculin. Ce livre comporte aussi le regard du critique d’art Marc Donnadieu.

Crédit photos : Marc Martin et Arthur Gillet.

En pratique :


Fallos

Marc Martin et Arthur Gillet

Avec les textes de Marc Martin, Arthur Gillet,

Marc Donnadieu et Florent Paudeleux

ed. Agua

92 pages

22 €



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